- Septembre 2000 : Le temps des illusions ...... Lucie doit rentrer au CE1 du RPI
(regroupement pédagogique intercommunal ) qui se trouve
dans le village voisin. Elle est très heureuse de retourner
à l'école après un CP qui s'était
formidablement bien passé à côté
d'Orléans. Bien sûr elle est un peu triste d'avoir
laissé là-bas ses copines, mais elle part avec
l'envie de s'intégrer. L'idée de prendre le car
l'enthousiasme, si bien que le jour de la rentrée elle
refuse que nous la conduisions à l'école. Quant
à Jeanne, elle rentre en moyenne section dans
l'école située dans notre village.
- Septembre 2000- Avril 2001 :
Tout va de mal en
pis ...... L'adaptation se
passe beaucoup plus mal que prévu. Lucie a beaucoup de mal
à supporter le chahut dans le car, le bruit et les
bavardages en classe. Le maître nageur à la Piscine
la terrorise (alors qu'elle adorait y aller l'an dernier). De
plus, elle s'enuie de plus en plus dans la classe. La
maîtresse de son propre aveu n'arrive pas à
gérer le double niveau CE1-CE2, les élèves
sont lents et peu motivés.. Alors Lucie se retrouve avec
10,20,30 pages d'avance dans le fichier de maths qu'elle
découvre seule, le reste du temps elle fait des mots
croisés... Nos interventions répétées
auprès de la maitresse ne changent pas grand chose à
la situation. Quand nous parlons du fait que Lucie est
livrée à elle-même et qu'elle passe ses
journées d'école en "études dirigées",
l'institutrice nous répond que "Lucie n'est pas si
douée que cela, qu'il y a des choses qu'elle ne comprend
pas du premier coup, qu'elle ne supporte pas l'échec" ;
quand nous déplorons l'attitude dictatoriale du
maître nageur, elle nous répond que "Lucie est
beaucoup trop écoutée, que dans la vie elle devra
affronter ce genre de personnes, mais qu'elle accepte de s'en
ocuper plus personnellement lors des séances de natation"
(ce qu'elle fera plus ou moins régulièrement). Quand
nous suggérons que Lucie serait peut-être plus
à l'aise dans la classe supérieure, elle propose une
entrevue avec la psychologue, et fait dorénavant tout son
possible pour que les résultats de Lucie se
détériorent... Pour Jeanne la situation semble moins
préoccupante, quoique... Jeanne est une petite fille sage,
réservée, qui ne fait pas de bruit. Alors au milieu
d'une classe d'enfants surexcités, hyperactifs, on ne la
remarque pas. Elle ne tient pas bien son crayon, mais "ce n'est
pas grave". Cependant, quand la maitresse crie après les
enfants turbulents cela lui fait peur et "ça c'est
inquiétant"... Bref nous voilà avec deux filles
a-normales, en dehors du moule. Autrefois les bons
élèves, les enfants sages étaient
cités en exemple. Aujourd'hui elles sont montrées du
doigt...
- Avril 2001 : La décision de descolarisation fait son
chemin ...... Nous sommes
inquiets pour nos enfants... Elles qui aimaient l'école,
pleurent avant d'y aller. Elles qui s'y rendaient l'an dernier
avec enthousiasme et sourire, y vont contraintes et
forcées. Et j'ai mal au ventre le soir, et j'ai peur la
nuit trois jour avant de retourner à la piscine... De plus
l'avenir n'est guère brillant. Certes, ici, Lucie est la
première de sa classe (et de loin)... mais elle est en
train de perdre l'envie d'apprendre, le goût de la
découverte, on sent qu'elle se fane. Alors, nous cherchons
une solution, et c'est là que nous vient l'idée de
"faire l'école à la maison". Nous nous documentons
sur Internet, nous en parlons aux enfants, nous envisageons une
nouvelle organisation dans la maison (avec un coin
réservé dans le salon). Après les vacances de
Pâques notre décision est prise : nous ferons
l'école à la maison à la rentrée
2001...
- Mai 2001 : Tout s'accélère ...... Avec la décision de faire
l'école à la maison à la rentrée, nous
supportons de plus en plus mal la situation. Lucie qui
était toute joyeuse pendant les quinze jours de
congé au bord de la mer redevient sombre... Et le spectre
du maître nageur refait son apparition... Pour arrêter
les dégats, nous demandons à la maitresse de la
dispenser de piscine pour la fin de l'année, après
l'avoir mise au courant de notre décision de faire
l'école à la maison l'an prochain. Grosse
colère. "Votre fille est beaucoup trop
écoutée, vous ne lui rendez pas service, je ne ferai
pas d'exception, il me faut un certificat en bonne et due forme".
Et là nous réalisons qu'il est grand temps de faire
quelque chose, d'autant plus que le courant entre notre fille et
l'institutrice passe de plus en plus mal. La veille, nous sommes
allés voir la psychologue scolaire qui nous a décrit
notre fille comme "intelligente, trop mure pour son age, ayant un
vocabulaire trop riche, ..." bref une thérapie serait
à envisager pour qu'elle puisse mieux supporter ses
camarades de classe ; en clair : c'est à elle de s'adapter
à la jungle ; sur ce, la psy n'a pas complètement
tort, mais avons-nous vraiment envie de cela pour nos enfants ?
Nous sommes le mardi 5 Mai. Lucie ne retournera plus à
l'école. Nous écrivons à l'inspection
académique, créons le site web. Jeanne va "tenir le
coup" deux jours puis rester à la maison avec sa soeur.
- Juin 2001 : la reconstruction...... Après
une période de flottement,nous commençons à
prendre nos marques! Lucie qui , au début n'avait plus
aucun enthousiasme pour le travail , s'y remet avec plus de
conviction et retrouve la joie de découvrir des notions
nouvelles.Nous travaillons 1 heure, 1 heure et demi environ le
matin ; nous faisons du français et des maths ;
l'après-midi est consacrée aux travaux manuels,
découverte des sciences, histoire, géographie,
jardinage, cuisine, jeu d'échec, piano,... suivant les
désirs de chacun. Quant à la perte de socialisation
que tous nos interlocuteurs avaient brandie comme une menace, elle
ne nous effraie plus. Les enfants participent avec beaucoup de
plaisir à des activités collectives (centre
aéré, tennis) et rencontrent fréquemment
leurs camarades. L'expérience se poursuivra sans aucun
doute l'année prochaine... D'ores et déja nos filles
ont retrouvé leur sourire, leur sens de l'humour, leur joie
de vivre et d'apprendre. Quant au petit frère il aura la
chance de rester à la maison et de ne pas connaitre
l'école à la rentrée prochaine.
